
SOMMAIRE
Analyse et chiffres clés sur le numérique
- Indicateur 1 : Part d’enfants de 0–6 ans utilisant un écran numérique (ordinateur/tablette) selon l’âge
- Indicateur 2 : Pourcentage d’enfants en maternelles exposés aux écrans le matin avant l’école présentant des troubles du langage
- Indicateur 3 : Nombre d’infractions liées au numérique (crimes et délits commis à l’aide d’un outil numérique) sur des mineurs en France
- Indicateur 4 : Pourcentage d’enfants entre 6 et 10 connectés et équipés d’un smartphone
- Indicateur 5 : Pourcentage d’enfants utilisant 1 équipement numérique
- Indicateur 6 : Pourcentage d’enfants entre 8 et 10 déclarants être inscrits aux réseaux sociaux
- Indicateur 7 : Proportion d’enfants victimes de cyberharcèlement parmi les 8-18 ans
- Indicateur 8 : Temps d’écran de 2 à 5 ans et demi chez les enfants de la cohorte nationale ELFE
- Indicateur 9 : Pourcentage des parents qui régulent le temps consacré aux jeux vidéo et à l’utilisation d’internet
- Indicateur 10 : Pourcentage des parents imposant des restrictions sur smartphones
Analyse et chiffres clés sur le numérique
Indicateur 1 : Part d’enfants de 0–6 ans utilisant un écran numérique (ordinateur/tablette) selon l’âge
Donnée : 27%
Source : (ELFE)
Année : 2019
Les normes institutionnelles concernant les relations des enfants en bas âge avec les écrans sont principalement placées sous les auspices de la prévention des risques : la règle du « pas d’écran avant 3 ans », puis celle d’un usage très limité et accompagné jusqu’à 6 ans prévalent, que ce soit dans l’avis de l’Académie des sciences, L’Enfant et les écrans (2013), dans celui des Académies de médecine, des sciences et des technologies, L’Enfant, l’adolescent, la famille et les écrans (2019), au conseil de l’Éducation nationale, qui édite le Guide de la famille tout écran depuis 2017, ou encore dans les campagnes « Enfants et écrans », menées depuis 2008 par le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Ces avis reprennent la règle dite « 3-6-9-12 » (pas d’écrans avant 3 ans puis à chaque âge ses appropriations). Le suivi de la cohorte Elfe permet de décrire les trajectoires de consommation des écrans numériques (tablettes et ordinateur) durant les six premières années de la vie de l’enfant.
L’indicateur « part d’enfants de 0 à 6 ans utilisant un écran numérique, ordinateur ou tablette, selon l’âge » permet de mesurer l’exposition précoce des jeunes enfants au numérique. Il est issu de l’étude ELFE, une cohorte nationale française qui suit les enfants nés en 2011 jusqu’à l’âge de six ans. Les données ont été recueillies via des questionnaires auprès des parents, qui indiquaient l’usage quotidien des écrans par leurs enfants. L’étude distingue plusieurs niveaux d’utilisation, allant de l’absence totale d’usage à des usages très élevés, et permet de calculer la proportion d’enfants dans chaque catégorie pour différents âges : 2 ans, 3,5 ans et 5,5 ans. Les résultats montrent qu’à deux ans, environ 27 % des enfants utilisent déjà un écran numérique, et que cette proportion atteint 54 % à l’âge de cinq ans et demi, indiquant une augmentation rapide de l’exposition au fil de la petite enfance.
- à 2 ans, 27 % des enfants sont utilisateurs d’un écran numérique
- à 5,5 ans, la part monte à 54 % d’enfants utilisateurs
Concernant l’intensité d’usage : à 2 ans, 4 % des enfants étaient dans la catégorie « élevée » (30–60 min/jour) et 1 % dans la catégorie « très élevée » (> 60 min/jour). À 5,5 ans, ces parts deviennent 16 % et 10 % respectivement.
En moyenne, le temps quotidien d’écran (tous écrans confondus) passe d’environ 53 minutes par jour à 2 ans, à 92 minutes à 5,5 ans.
Cependant, ces résultats doivent être interprétés avec prudence. Ils reposent sur des déclarations parentales, qui peuvent sous-estimer ou surestimer l’usage réel. La cohorte concerne uniquement les enfants nés en 2011, et les comportements actuels peuvent être différents, notamment en raison de la démocratisation des smartphones et tablettes ou des changements liés aux confinements récents. De plus, l’étude se limite aux ordinateurs et tablettes, excluant la télévision et les smartphones personnels, et elle ne fournit pas d’information sur la nature ou la qualité des contenus.
Malgré ces limites, l’indicateur reste préoccupant. L’exposition précoce et croissante aux écrans, dès la petite enfance, dépasse les recommandations institutionnelles et peut avoir des implications sur le développement cognitif, langagier et social des enfants. Il souligne l’importance de continuer à suivre ces trajectoires et à informer les familles et les professionnels sur des pratiques numériques encadrées et adaptées à l’âge.
Source : étude ELFE (Étude Longitudinale Française depuis l’Enfance), cohorte de naissance 2011, suivie jusqu’à l’âge de 6 ans.
Indicateur 2 : Pourcentage d’enfants en maternelles exposés aux écrans le matin avant l’école présentant des troubles du langage
Donnée :
Source :
Année :
L’étude publiée en 2020 par Santé publique France dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) s’appuie sur une étude cas-témoins réalisée en Ille-et-Vilaine : 167 enfants âgés de 3,5 à 6,5 ans présentant des troubles primaires du langage, comparés à 109 enfants témoins sans trouble de langage.
Les données indiquent que 44,3 % des enfants « cas » et 22,0 % des enfants « témoins » exposés aux écrans le matin présentent un risque multiplié par trois de développer un trouble primaire du langage. Ce risque est encore plus élevé lorsque les enfants ne discutent jamais ou rarement du contenu des écrans avec leurs parents.
Dans l’étude, peu importe la durée quotidienne moyenne d’écran le matin (environ 20 minutes dans les deux groupes) — c’est le fait d’être exposé, quel que soit le temps exact, qui apparaît comme associé au risque.
Cette étude démontre que l’exposition aux écrans ne se pose plus seulement en termes de quantité (temps d’écran), mais aussi de moment (le matin, avant l’école), ce qui est un moment clé pour la préparation cognitive et l’attention de l’enfant. L’accompagnement parental, à travers la discussion du contenu, apparaît comme un facteur modérateur déterminant. Cela confirme que l’écran n’est pas neutre : ce qui compte n’est pas seulement l’accès ou l’usage, mais le contexte, la médiation parentale et la qualité des interactions.
Cependant, certaines limites méthodologiques doivent être prises en compte. L’étude repose sur des données observationnelles, ce qui empêche d’établir un lien de causalité strict. Les mesures d’exposition et de discussion parentale sont basées sur des déclarations des parents, qui peuvent être sujettes à des biais. De plus, l’étude ne détaille pas la nature précise du contenu visionné, qui pourrait influencer le risque.
Malgré ces limites, les résultats restent inquiétants, car ils suggèrent que l’exposition précoce aux écrans, lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’une médiation parentale, peut augmenter de manière significative le risque de troubles du langage. Dans une perspective de suivi des enfants, cet indicateur met en évidence la nécessité de promouvoir à la fois des limites de temps d’écran adaptées à l’âge et un accompagnement parental actif pour protéger le développement langagier des jeunes enfants.
Ces résultats soulignent qu’il ne suffit pas de limiter le temps d’écran : l’interaction parent-enfant autour du contenu numérique est tout aussi essentielle. Les outils numériques ne sont pas intrinsèquement nuisibles, mais leur usage sans médiation peut représenter un facteur de vulnérabilité pour le développement de l’enfant.
Indicateur 3 : Nombre d’infractions liées au numérique (crimes et délits commis à l’aide d’un outil numérique) sur des mineurs en France
Donnée : 9 710 faits
Source : https://www.interieur.gouv.fr/Interstats/Publications-et-infographies/Interstats-Analyse/Les-infractions-liees-au-numerique-enregistrees-par-la-police-et-la-gendarmerie-de-2016-a-2023-Panorama-d-une-criminalite-heterogene-Interstats-Analyse-n-67
Année : 2023
En 2023, environ 9 710 faits impliquant des mineurs ont été recensés, ce qui représente une augmentation significative par rapport aux années antérieures (environ 2,3 fois plus qu’en 2016). Ce chiffre englobe divers types d’infractions commises via des outils numériques ou dans l’espace en ligne, tels que les atteintes à l’intégrité ou à la dignité des mineurs (par exemple cyberharcèlement ou diffusion de contenus illicites), la cyber-pédopornographie et d’autres formes de victimisation où l’outil numérique est central.
L’évolution de cet indicateur souligne plusieurs points essentiels : il témoigne d’une augmentation de l’exposition des enfants à des risques en ligne, reflet à la fois de l’augmentation générale de l’usage d’internet et des réseaux numériques par les mineurs et de l’intensification des dispositifs de détection et de signalement par les forces de sécurité.
Par ailleurs, ce nombre, même s’il reste une sous-estimation de la réalité – car il dépend des cas effectivement signalés et enregistrés par les forces de l’ordre – révèle l’importance de la prévention, de l’éducation numérique et de la protection juridique des mineurs dans l’environnement numérique. La hausse observée depuis 2016 indique que la problématique ne se limite pas à des faits isolés mais s’inscrit dans une tendance structurelle qui nécessite des réponses coordonnées (sensibilisation, dispositifs de prévention dans les écoles, accompagnement des victimes, renforcement de la coopération internationale).
Enfin, l’indicateur doit être interprété dans le contexte de l’ensemble des infractions liées au numérique : si les cas impliquant des mineurs (≈ 9 710 faits) restent une part plus spécifique de l’ensemble des infractions, ils représentent une réalité préoccupante du point de vue des droits de l’enfant et de leur sécurité en ligne.
Indicateur 4 : Pourcentage d’enfants entre 6 et 10 connectés et équipés d’un smartphone
Donnée : 46%
Source : https://e-enfance.org/wp-content/uploads/2025/07/E-enfance_RA_2023.pdf
Année : 2023
Selon les données du rapport annuel de l’association e‑Enfance, 46 % des enfants âgés de 6 à 10 ans en France possèdent déjà un smartphone avant leurs 10 ans : cela signifie qu’à peine entrés en école élémentaire, presque un enfant sur deux dispose de son propre appareil mobile connecté qui lui permet d’accéder librement à Internet, aux applications et aux réseaux sociaux.
Cette proportion, qui reflète une pénétration significative des technologies numériques au sein de cette tranche d’âge, s’inscrit dans un contexte où les usages deviennent rapidement autonomes. L’étude associée montre que les premiers pas sur Internet se font souvent avec les parents, mais que le passage à une utilisation indépendante intervient dès environ 6 ans et 10 mois, âge auquel beaucoup d’enfants commencent à naviguer seuls en ligne.
La montée de l’équipement personnel à 46 % illustre non seulement une exposition précoce aux contenus et interactions numériques, mais elle pose aussi des enjeux spécifiques de protection, de régulation et d’accompagnement. Un smartphone à cet âge ouvre l’accès non seulement à des contenus de divertissement, mais aussi potentiellement à des plateformes sociales, des espaces de communication en ligne et des contenus non filtrés, avant même que des compétences critiques ou les repères cognitifs nécessaires pour les naviguer soient pleinement acquis.
Du point de vue des familles et des professionnels, ce niveau d’équipement soulève plusieurs questions : il peut faciliter l’apprentissage et la créativité, mais il accentue aussi les risques d’exposition à des contenus inadaptés, de cyberharcèlement, d’isolement social, et d’interactions avec des prédateurs sexuels ou des individus cherchant à recruter des mineurs pour des activités illégales ou de travail, particulièrement si l’usage n’est pas encadré ou accompagné. En outre, la possession d’un smartphone avant l’adolescence s’accompagne souvent de décisions parentales complexes sur l’autonomie numérique, la surveillance, les limites de temps d’écran, et le rôle des adultes dans l’éducation aux usages responsables.
Enfin, cet indicateur met en lumière une tendance structurelle vers une socialisation numérique précoce dans la vie des enfants. Il souligne la nécessité de mesures concrètes pour protéger les enfants dans les espaces numériques, comme par exemple :
- Mettre en œuvre une tolérance zéro envers les abus sexuels et le harcèlement en ligne par l’industrie technologique, et en particulier les plateformes, avec des actions concrètes pour identifier, prévenir et atténuer les violations des droits des enfants et garantir que ces espaces soient sûrs, avec des ressources suffisantes (financières et non financières).
- Encadrer plus strictement le secteur technologique par l’autorité publique pour le tenir responsable de l’exposition des enfants à des contenus et expériences préjudiciables, en imposant le renforcement des mesures de sécurité en ligne et de prévention des préjudices, incluant les discours haineux et abus sexuels, accompagnés d’obligations légales supplémentaires.
Indicateur 5 : Pourcentage d’enfants utilisant 1 équipement numérique
Donnée : 96%
Source : https://solidarites.gouv.fr/sites/solidarite/files/2023-02/DP_Parentalit%C3%A9%20num%C3%A9rique_20230208_1.pdf
Année : 2023
L’indicateur portant sur l’utilisation d’au moins un équipement numérique par les enfants en France montre que 96 % des enfants disposent d’un accès à un ordinateur, une tablette, un smartphone ou un autre dispositif numérique. Ce chiffre traduit une pénétration quasi universelle des technologies numériques dans le quotidien des enfants, quel que soit leur âge, et confirme que la quasi-totalité des jeunes générations grandissent dans un environnement où le numérique fait partie intégrante de leur socialisation, de leur apprentissage et de leurs loisirs.
Cette diffusion massive des outils numériques s’accompagne de multiples enjeux :
L’accès précoce aux écrans et aux appareils connectés offre des opportunités significatives en termes de créativité, d’accès à l’information, et de développement de compétences numériques essentielles dans le monde contemporain.
La quasi‑universalité de l’accès augmente les risques d’exposition à des contenus inadaptés, au cyberharcèlement, aux interactions avec des prédateurs sexuels ou au recrutement pour des activités illégales impliquant des mineurs. Les enfants, surtout les plus jeunes, ne connaissent pas toujours leurs droits liés à l’image et à la vie privée, et peinent à distinguer les informations pouvant être partagées en toute sécurité de celles relevant de leur sphère privée.
La possession généralisée d’équipements numériques rend le rôle des adultes et des institutions éducatives central dans l’accompagnement des usages. La mise en œuvre de limites d’âge (majorité numérique), de dispositifs de contrôle parental, et de sensibilisation aux bonnes pratiques reste insuffisante pour protéger efficacement tous les enfants.
Cet indicateur illustre donc une tendance structurelle vers une socialisation numérique précoce et universelle. Elle rend indispensable :
- Mettre en œuvre une tolérance zéro envers les abus sexuels et le harcèlement en ligne par l’industrie technologique, et en particulier les plateformes, avec des mesures concrètes pour identifier, prévenir et atténuer les violations des droits des enfants et garantir que ces espaces soient sûrs pour tous les enfants, avec des ressources suffisantes (financières et non financières)
- Encadrer plus strictement le secteur technologique par l’autorité publique pour le tenir responsable de l’exposition des enfants à des contenus et des expériences préjudiciables, en lui imposant de renforcer ses mesures de sécurité en ligne et de prévention des préjudices (incluant les discours haineux et abus sexuels, qui s’accompagnent d’obligations légales supplémentaires).
- Améliorer l’effectivité de la majorité numérique, en renforçant les mécanismes de vérification de l’âge et la responsabilité des plateformes dans la protection des mineurs.
- Encadrer plus strictement la diffusion d’images et de contenus concernant les enfants, notamment par les adultes, afin de prévenir les atteintes à leur dignité, les usages détournés et les risques liés à la permanence des contenus en ligne.
- Renforcer la prévention et la lutte contre les violences en ligne, incluant le cyberharcèlement, l’exploitation criminelle, les stratégies d’emprise et les contenus violents ou sexualisés, à travers des dispositifs de signalement accessibles et connus des enfants.
- Déployer des actions systématiques de sensibilisation et de formation à destination des parents et des adultes responsables (notamment dans les secteurs de l’éducation, de la protection de l’enfance, de la justice, de l’application de la loi et de la santé), pour renforcer leur compréhension des enjeux, leur rôle d’accompagnement, d’encadrement et de protection des usages numériques des enfants.
- Mieux informer les enfants sur leurs droits dans l’environnement numérique, en particulier le droit à l’image, la protection des données personnelles, le respect de la vie privée et les recours possibles en cas de violation.
- Renforcer l’éducation au numérique et à la sécurité en ligne dès le plus jeune âge, de manière progressive et adaptée à l’âge, afin de développer l’esprit critique des enfants et leur capacité à identifier les risques en ligne (contenus et comportements inadaptés, désinformation, atteintes à la vie privée).
- Eviter une exposition précoce et excessive aux écrans, notamment avant l’âge de 3 ans, en promouvant des repères clairs sur les usages adaptés, les temps d’écran et les moments à éviter.
- Intégrer explicitement les droits de l’enfant dans les politiques numérique nationales (en veillant à ce que les décisions respectent les droits à la vie privée, à la participation et à l’information) et en tenant compte de leurs impacts sur le développement du langage, le sommeil, la santé mentale et les risques d’addictions précoces.
- Agir contre le cyberharcèlement en renforçant la continuité entre prévention scolaire et numérique, afin de mieux traiter le continuum entre harcèlement en ligne et harcèlement à l’école.
- Promouvoir un numérique protecteur, inclusif et respectueux des droits de l’enfant, en impliquant les pouvoirs publics, les acteurs éducatifs, les plateformes numériques et les enfants eux-mêmes dans la co-construction des solutions.
Indicateur 6 : Pourcentage d’enfants entre 8 et 10 déclarants être inscrits aux réseaux sociaux
Donnée : 67%
Source : https://e-enfance.org/wp-content/uploads/2025/07/E-enfance_RA_2023.pdf
Année : 2023
L’indicateur du pourcentage d’enfants de 8 à 10 ans déclarant être inscrits sur des réseaux sociaux révèle une pénétration numérique très précoce : selon le rapport 2023 d’e‑Enfance, 67 % des enfants de cette tranche d’âge disposent d’un compte sur au moins une plateforme sociale.
Cette réalité expose les enfants à des enjeux majeurs liés au droit à l’image et à la protection des données personnelles. Les enfants ne maîtrisent généralement pas leurs droits en matière de diffusion de leur image et de respect de leur vie privée, ni les implications de ces droits ni les recours possibles en cas de violation. Ils ont souvent des difficultés à évaluer ce qui peut être partagé sans risque et ce qui relève de leur sphère privée, notamment concernant des informations sensibles comme le domicile ou l’établissement scolaire.
La mise en œuvre de la majorité numérique, fixée à 13 ans pour un usage avec autorisation parentale et à 15 ans pour un usage sans autorisation, peine à agir comme un frein efficace. En pratique, aucune vérification fiable de l’âge n’est systématiquement effectuée sur ces plateformes, et certains parents autorisent eux-mêmes l’inscription de leurs enfants avant l’âge légal.
Ces constats mettent en évidence des lacunes importantes dans l’éducation et la prévention numériques auprès des enfants. Les dispositifs existants peinent à leur transmettre une connaissance suffisante des droits liés à leur image et à leurs données personnelles, et à leur donner les outils pour naviguer de manière sécurisée et responsable dans l’espace numérique.
Cet indicateur souligne donc la nécessité de renforcer l’information et la sensibilisation, de mettre en place des contrôles plus stricts sur l’accès aux réseaux sociaux pour les jeunes enfants, et de développer des dispositifs pédagogiques et juridiques adaptés afin de protéger efficacement les droits et la sécurité numérique des enfants dès le plus jeune âge.
Indicateur 7 : Proportion d’enfants victimes de cyberharcèlement parmi les 8-18 ans
Donnée : 20 %
Source : https://www.federation.caisse-epargne.fr/actualites/etude-caisse-depargne-association-e-enfance-3018-sur-le-harcelement-et-cyberharcelement-chez-les-6-18-ans/
Année : 2021
Selon l’étude menée par e‑Enfance et la Caisse d’Épargne en 2021, 20 % des enfants et adolescents âgés de 8 à 18 ans déclarent avoir été victimes de cyber‑harcèlement, c’est-à-dire d’agissements répétés de malveillance ou d’intimidation via les outils numériques, les réseaux sociaux, les messageries ou d’autres plateformes en ligne
Ce chiffre révèle qu’un enfant sur cinq est confronté à des formes de malveillance ou d’intimidation via les outils numériques, que ce soit par messagerie, réseaux sociaux ou autres plateformes en ligne.
L’indicateur souligne l’ampleur réelle d’un phénomène qui peut avoir des conséquences psychologiques et sociales importantes, allant de l’anxiété et du stress à l’isolement et à une baisse de confiance en soi, avec des impacts potentiels sur la scolarité et les relations avec les pairs.
Il met également en évidence les vulnérabilités associées à l’usage précoce et autonome du numérique : les enfants, souvent insuffisamment informés sur la protection de leur vie privée et sur les recours possibles, sont exposés à des contenus et à des interactions potentiellement nuisibles avant d’avoir développé les compétences nécessaires pour s’en protéger. Cet indicateur illustre donc la nécessité d’un accompagnement constant des jeunes dans l’espace numérique, d’une sensibilisation adaptée à leur âge, ainsi que de dispositifs de prévention, de régularisation et de soutien pour limiter les risques liés au cyberharcèlement.
Indicateur 8 : Temps d’écran de 2 à 5 ans et demi chez les enfants de la cohorte nationale ELFE
Donnée : Temps d’écran quotidien estimé à 56 min à 2 ans, 1 h 20 à 3,5 ans, 1 h 34 à 5,5 ans
Source : https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2023/6/pdf/2023_6_1.pdf
Année : 2023
Les données disponibles montrent que le temps d’écran quotidien des jeunes enfants augmente rapidement avec l’âge. Selon le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire de Santé publique France, les enfants de 2 ans passent en moyenne 56 minutes par jour devant un écran, proportion qui s’accroît à 1 h 20 pour les enfants de 3,5 ans et atteint 1 h 34 pour ceux de 5,5 ans. Cette progression illustre l’intégration croissante des écrans dans le quotidien des tout‑petits, qu’il s’agisse de télévision, de tablettes ou d’ordinateurs, et reflète l’exposition précoce aux technologies numériques dès l’entrée en âge préscolaire.
Un temps d’écran prolongé à cet âge peut interférer avec le sommeil, réduire les moments d’activité physique et limiter les interactions sociales et les jeux moteurs essentiels au développement global du jeune enfant. Il met en évidence la nécessité d’un accompagnement parental et éducatif, afin de réguler le temps passé devant les écrans.
Indicateur 9 : Pourcentage des parents qui régulent le temps consacré aux jeux vidéo et à l’utilisation d’internet
Donnée : 62%
Source : https://www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/barometre-du-numerique_edition_2025_RAPPORT_mars2025.pdf
Année : 2025
Indicateur 10 : Pourcentage des parents imposant des restrictions sur smartphones
Donnée : 63%
Source : https://www.elysee.fr/admin/upload/default/0001/16/fbec6abe9d9cc1bff3043d87b9f7951e62779b09.pdf
Année : 2024
L’encadrement parental constitue un levier majeur pour réguler l’usage des outils numériques par les enfants, mais les données suggèrent que cet effort, bien que notable, reste insuffisant pour protéger pleinement les enfants. Selon le Baromètre du numérique 2025 de l’ARCEP, 62 % des parents déclarent contrôler le temps consacré aux jeux vidéo, 57 % régulent le temps passé sur Internet, et 63 % interviennent sur l’utilisation générale des écrans. Ces chiffres montrent que la majorité des parents s’efforce d’accompagner les enfants et de poser des limites, ce qui constitue un signal positif d’implication et de vigilance.
Pour autant, malgré cette attention, une part non négligeable des enfants reste exposée à des usages non encadrés ou excessifs, que ce soit en termes de durée d’écran ou d’accès à des contenus inadaptés. La régulation parentale seule ne suffit pas toujours à compenser la facilité d’accès aux appareils connectés, aux réseaux sociaux et aux plateformes de jeux, surtout lorsque l’enfant possède un smartphone personnel ou utilise les outils numériques de manière autonome. En outre, de nombreux parents se sentent parfois mal équipés ou insuffisamment informés pour définir des règles claires, appliquer des limites strictes ou gérer les risques liés à la vie privée, au cyberharcèlement et aux interactions avec des inconnus en ligne.
Ainsi, bien que la régulation soit significative, elle apparaît limitée face à l’ampleur et à la complexité des usages numériques actuels.
Cela souligne la nécessité d’un encadrement global et coordonné des usages numériques des enfants. L’État et les régulateurs ont un rôle central à jouer pour encadrer strictement le secteur technologique et tenir les entreprises responsables de l’exposition des enfants à des contenus ou interactions préjudiciables. Il s’agit notamment de renforcer la sécurité en ligne, prévenir le cyberharcèlement et les abus sexuels, et imposer aux plateformes des mesures concrètes pour protéger les droits des enfants. Un tel dispositif combiné est essentiel pour garantir que les enfants puissent évoluer dans des espaces numériques sécurisés, éducatifs et adaptés à leur âge, tout en bénéficiant de la liberté d’apprendre et de découvrir les technologies.