
SOMMAIRE
Analyse et chiffres clés sur la protection
- Indicateur 1 : Nombre de mineurs décédés de mort violente au sein de la famille en France
- Indicateur 2 : Nombre d’enfants suivis par l’ASE
- Indicateur 3 : Nombre et part d’enfants suivis par la PJJ
- Indicateur 4 : Nombre d’enfants concernés par une situation de danger ou en risque de l’être, faisant l’objet d’un appel au 119
- Indicateur 5 : Nombre d’enfants victimes déclarés de violences physiques, dont intrafamiliales
- Indicateur 6 : Nombre d’enfants victimes déclarés de violences sexuelles, dont intrafamiliales
- Indicateur 7 : Pourcentage de parents déclarant avoir pratiqué au moins une violence éducative ordinaire
- Indicateur 8 : Nombre d’enfants victimes d’exploitation à des fins d’activités criminelles
Analyse et chiffres clés sur la protection
Indicateur 1 : Nombre de mineurs décédés de mort violente au sein de la famille en France
Donnée : 60
Source : https://www.cncdh.fr/sites/default/files/2023-12/A%20-%202023%20-%206%20-%20Avis%20Morts%20violentes%20d’enfants,%20dec%202023_2.pdf
Année : 2022
La protection des enfants contre toute forme de violence est un droit fondamental garanti par la CIDE et d’autres traités et standards internationaux. La communauté internationale s’est d’ailleurs engagée à mettre fin à toutes les formes de violence à l’encontre des enfants d’ici à 2030, en faisant figurer la lutte contre les violences au sein des objectifs de développement durable.
La violence à l’encontre des enfants peut prendre de nombreuses formes : négligences, violences physiques ou mentales, violences éducatives ordinaires, travail des enfants, traite, exploitation, mariages forcés, mutilations génitales féminines, privation de liberté… Elle peut avoir diverses origines individuelles, collectives ou institutionnelles. Chaque acte de violence est une tragédie pour l’enfant. La violence provoque des blessures, des lésions cérébrales, elle nuit au développement physique, mental et social de l’enfant et peut l’affecter sur le long terme.
Les violences faites aux enfants peuvent également entraîner la mort, comme le souligne les chiffres de l’ONPE. D’après ces chiffres dramatiques, 60 enfants ont été victimes de mort violente au sein de leur famille en 2022, ils étaient 80 en 2018. Ainsi, au moins tous les cinq jours, un enfant décède des suites de mauvais traitements infligés par ses parents ou par un proche.
Toutefois, ces chiffres ne sont pas complètement représentatifs de la totalité des enfants ayant trouvé la mort des suites des maltraitances subies car, comme l’indique la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), aucun recensement précis et centralisé n’est effectué à ce jour. Ce défaut de fiabilité laisse à penser que le nombre de morts violentes d’enfants est plus important dans la réalité.
Indicateur 2 : Nombre d’enfants suivis par l’ASE
Donnée : 404 600
Source : https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-jeux-de-donnees/jeux-de-donnees/250904_DATA-aide-sociale-a-lenfance
Année : 2024
La protection de l’enfance et les services de l’aide sociale à l’enfance (ASE) interviennent lorsqu’un enfant est en danger ou en risque de danger :
« La protection de l’enfance vise à garantir la prise en compte des besoins fondamentaux de l’enfant, à soutenir son développement physique, affectif, intellectuel et social et à préserver sa santé, sa sécurité, sa moralité et son éducation, dans le respect de ses droits » (Article L112-3 du Code de l’Action sociale et des familles).
Différentes mesures peuvent être prononcées en fonction des situations.
Selon la DREES, 272 926 enfants étaient suivis par l’ASE en 2000, et au 31 décembre 2023, 384 900 mineurs et jeunes majeurs bénéficient au total de 396 900 mesures d’ASE. Depuis plusieurs années, les besoins en protection de l’enfance augmentent donc de manière significative.
La DREES relève une hausse annuelle moyenne de 1,4 % du nombre d’enfants confiés à l’ASE depuis vingt ans, alors que les ressources départementales diminuent en raison de la crise immobilière, de l’inflation, et des coûts supplémentaires liés aux revalorisations salariales dans l’action sociale. Il existe donc un écart croissant entre les besoins et les moyens des Départements, ce qui contribue aux dysfonctionnements actuels dans la prise en charge des enfants par l’ASE.
Il en résulte que de nombreux enfants ayant fait l’objet d’une mesure de protection par le juge demeurent en attente d’une action des services ASE ou d’un placement, entraînant une inexécution des mesures en assistance éducative, ce qui représente un grand danger pour l’enfant. Ces mesures non exécutées et les délais d’exécution ne sont, à ce jour, aucunement recensés par des données statistiques globales et fiables sur l’ensemble du territoire.
Indicateur 3 : Nombre et part d’enfants suivis par la PJJ
Donnée : 139 102
Source : https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2025-10/Chiffres_Cl%C3%A9s_2025.pdf
Année : 2024
Les enfants peuvent être confiés à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) dans un cadre civil ou pénal. Les chiffres de la Direction de la Protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ) révèlent qu’il y a eu peu d’augmentation du nombre d’enfants pris en charge entre 2014 et 2023.
Dans le cadre pénal, la PJJ a pour objectifs d’éviter la récidive, de protéger et d’éduquer un enfant ayant commis des infractions, en l’accompagnant dans sa réinsertion. Les jeunes concernés peuvent faire l’objet d’un placement (en foyer, en famille d’accueil, en centre éducatif fermé ou renforcé, ou encore en détention) ou d’une mesure en milieu ouvert.
L’UNICEF France rappelle que, selon les chiffres de l’ONPE, environ la moitié des mineurs pris en charge pénalement ont également fait l’objet d’un suivi au titre de l’enfance en danger. Si ces chiffres ne doivent pas stigmatiser les enfants pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance, ils soulignent la nécessité de renforcer la détection et la protection des enfants contre toute forme de maltraitance (intrafamiliale ou institutionnelle) comme un axe de travail significatif.
Indicateur 4 : Nombre d’enfants concernés par une situation de danger ou en risque de l’être, faisant l’objet d’un appel au 119
Donnée : 40 709
Source : https://www.allo119.gouv.fr/activites
Année : 2024
Un mineur est en situation de danger lorsque sa santé, sa sécurité, sa moralité sont en danger, ou quand les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises (article 375 du Code civil).
Le 119, numéro d’appel du Service national d’accueil téléphonique de l’enfance en danger – SNATED – relève qu’en 2024, 40 709 sollicitations ont été traitées dont 34 154 appels, 3 326 formulaires, 3 229 tchat. Le service relève qu’en 2024, un total de 49 363 enfants en danger ou en risque de l’être (mineurs ou jeunes majeurs) ont été évoqués dans l’ensemble des sollicitations traitées par le 119. Ce volume est en hausse de 13% par rapport à 2023.Parmi les 94 % des enfants pour lesquels le sexe est connu, ce sont majoritairement des filles qui sont évoquées. Elles représentent 53 % des enfants en danger évoqués, contre 47 % pour les garçons.
Ces chiffres sont à mettre en parallèle avec la méconnaissance persistante du numéro 119 (selon les données issues de la Consultation nationale des 6-18 ans 2024 de l’UNICEF France, 43,1% des participants ne connaissent pas ce numéro ou à quoi il sert), ainsi que son accessibilité limitée.
Selon l’étude statistique du SNATED pour l’année 2022, 45,1 % des appels reçoivent une invitation à rappeler lorsque le plateau d’écoute est saturé et que la durée d’attente est très longue. Ce chiffre souligne encore la difficulté du 119 à répondre à la totalité des demandes. Selon Pascal Vigneron, directeur du SNATED.
Les campagnes nationales de sensibilisation sur les violences sur mineurs ont tendance à faire progresser le nombre d’appel, en particulier les appels concernant des situations d’urgence qui nécessitent l’intervention des services de premiers secours.
L’UNICEF France salue les initiatives visant à accroître le recrutement d’écoutants et à promouvoir une plus grande sensibilisation à l’utilisation du 119.
Indicateur 5 : Nombre d’enfants victimes déclarés de violences physiques, dont intrafamiliales
Donnée : 103 748 Dont 57 311 (intrafamilial) 46 437 (non intrafamilial)
Source : https://www.interieur.gouv.fr/Interstats/Actualites/Info-rapide-n-47-Les-victimes-de-violences-physiques-ou-sexuelles-enregistrees-par-les-services-de-securite-en-2024
Année : 2024
D’après les chiffres du ministère de l’Intérieur, le nombre de victimes mineures de violence physique a largement augmenté ces dernières années. L’année 2024 a de nouveau été marquée par une hausse
importante par rapport à 2023 et on dépasse désormais les 100 000 mineurs victimes de violences physiques, majoritairement dans le cadre intrafamilial (55%). Ces violences peuvent être commises par des adultes et des enfants.
Indicateur 6 : Nombre d’enfants victimes déclarés de violences sexuelles, dont intrafamiliales
Donnée : 71 085 Dont 21 704 (intrafamilial) 49 381 (non intrafamilial)
Source : https://www.interieur.gouv.fr/Interstats/Actualites/Info-rapide-n-47-Les-victimes-de-violences-physiques-ou-sexuelles-enregistrees-par-les-services-de-securite-en-2024
Année : 2024
Les violences sexuelles commises à l’égard des enfants augmentent significativement en 2016, le ministère relevait 29 727 victimes, 28 % étant intrafamiliales. Ce chiffre a plus que doublé depuis lors pour atteindre désormais 71 085 (dont 21 704 enfants dans le cadre intrafamilial). Cette augmentation révèle une plus grande attention accordée aux problématiques liées aux violences sexuelles, une libération de la parole et, très certainement, une meilleure prise en compte de la parole des enfants victimes enregistrés par les services de police et de gendarmerie.
Toutefois, ces chiffres restent bien en dessous de la réalité. La CIIVISE, ayant réalisé un travail notable sur l’identification des enjeux liés aux violences sexuelles subies par les mineurs, relève chaque année 160 000 enfants victimes de violences sexuelles, soit un enfant victime d’inceste, de viol ou d’agression sexuelle toutes les trois minutes.
Pour permettre une meilleure identification des violences faites aux enfants, l’UNICEF recommande de réaliser un état des lieux statistique sur la base de la Classification Internationale des Violences faites aux enfants (une norme internationale pilotée par l’UNICEF et approuvée par la Commission statistique des Nations Unies, comprenant les définitions opérationnelles de toutes les formes de violence à l’encontre des enfants, couvrant notamment les violences interpersonnelles et collectives).
Indicateur 7 : Pourcentage de parents déclarant avoir pratiqué au moins une violence éducative ordinaire
Donnée : 81%
Source : https://www.fondation-enfance.org/wp-content/uploads/2024/11/Barometre-VEO-et-Sport.pdf
Année : 2024
La notoriété des violences éducatives ordinaires (VEO) continue de progresser dans la population. Près de 8 Français sur 10 déclarent aujourd’hui savoir ce que recouvre cette notion (79%), soit une augmentation de 7 points par rapport à 2022, et près de la moitié estiment en avoir une connaissance précise (46%, +8 points). Cette meilleure diffusion du concept ne s’accompagne toutefois pas d’un consensus clair sur la qualification de certains comportements. Si les actes les plus violents sont davantage reconnus comme relevant des VEO qu’auparavant, les perceptions restent hétérogènes : 70% des personnes interrogées considèrent désormais que traiter un enfant de « bon à rien » ou de « méchant » constitue une violence éducative ordinaire (+6 points), 69% le fait de le bousculer (+7 points), 68% le fait de lui donner une gifle (+6 points) et 68% le fait de l’enfermer dans le noir pour le faire réfléchir (+6 points).
Ce progrès dans l’identification des violences éducatives ordinaires contraste toutefois avec la persistance, voire l’augmentation, de leur mise en œuvre au sein des familles. Alors même que leur notoriété progresse, le recours à ces pratiques demeure très répandu. Ainsi, 81% des parents déclarent avoir eu recours à au moins une violence éducative ordinaire au cours de la semaine précédant l’enquête, soit une hausse de 2 points, et plus de la moitié indiquent en avoir utilisé au moins trois (53%, +4 points). Dans le même temps, le sentiment qu’il est facile d’éduquer un enfant sans recourir à ces pratiques tend à diminuer, notamment pour deux formes de violences parmi les plus graves : seuls 71% des répondants estiment qu’il est facile de se passer de la bousculade et de la gifle, soit une baisse de 4 points dans les deux cas.
Dans le détail, comme en 2022, les violences éducatives ordinaires les plus fréquemment déclarées sont celles qui ne relèvent pas de la violence physique. Néanmoins, les pratiques physiques restent présentes : 24% des parents reconnaissent avoir donné une fessée au cours des sept derniers jours et 16% déclarent avoir donné une gifle. L’ensemble de ces résultats met en évidence un décalage persistant entre l’augmentation de la connaissance des violences éducatives ordinaires, l’évolution des normes sociales et juridiques, et la réalité des pratiques éducatives, soulignant la nécessité de renforcer les actions de prévention, de sensibilisation et d’accompagnement des parents.
Indicateur 8 : Nombre d’enfants victimes d’exploitation à des fins d’activités criminelles
Donnée : 499
Source : https://www.unicef.fr/wp-content/uploads/2025/07/Rapport-unicef_ExploitationMineurs-complet_BD.pdf
Année : 2023
L’indicateur portant sur le nombre d’enfants victimes d’exploitation à des fins d’activités criminelles constitue une mesure importante de la forme de traite des êtres humains la moins visible mais néanmoins significative en France. Il s’agit de situations dans lesquelles des mineurs ne sont pas seulement auteurs d’infractions, mais sont poussés ou contraints par des adultes ou des réseaux criminels à commettre des actes illégaux bénéfiques à ces exploiteurs, tels que vol, trafic de stupéfiants ou autres délits, dans un contexte de vulnérabilité et d’emprise.
Dans l’état actuel des données disponibles pour 2023, les systèmes de recensement officiels et associatifs permettent d’estimer qu’environ 499 enfants ont été identifiés comme victimes d’exploitation à des fins d’activités criminelles sur le territoire national. Cet ordre de grandeur, bien qu’incomplet et vraisemblablement sous-estimé, signale un phénomène réel, qui émerge malgré l’absence d’un mécanisme national systématique d’identification et de comptabilisation des cas.
Cet indicateur met en lumière plusieurs points clés :
- Une forte invisibilité des victimes : en France, les dispositifs de repérage sont jugés insuffisants, ce qui contribue à une sous-estimation des cas. Les enfants exploités sont souvent identifiés dans le cadre de procédures pénales (lorsqu’ils sont appréhendés pour un délit) plutôt que comme victimes de traite, ce qui empêche leur reconnaissance et prise en charge adéquate.
- Un profil des victimes souvent méconnu : bien que les données statistiques soient limitées, il est reconnu que ces enfants peuvent provenir de contextes divers et que les mineurs non accompagnés représentent une part importante des victimes repérées par les associations.
- Un décalage entre perception et réalité : cet indicateur révèle l’existence d’un phénomène structurel qui dépasse la simple délinquance juvénile, en montrant que certains enfants ne commettent pas des actes criminels par choix mais sous contrainte ou dépendance, soit pour survivre, soit pour rembourser des dettes ou satisfaire des exigences de leurs exploiteurs.
- Des limites méthodologiques importantes : la difficulté à établir un chiffre exhaustif illustre la nécessité d’améliorer les capacités de collecte de données et d’identification, notamment par la création d’un mécanisme national d’identification des victimes de traite, comme le préconise le rapport.