
SOMMAIRE
Analyse et chiffres clés sur la pauvreté
- Indicateur 1 : Taux de privation matérielle et sociale par âge et sexe
- Indicateur 2 : Taux de pauvreté des moins de 18 ans
- Indicateur 3 : Nombre d’enfants sans abri ou vivant à l’hôtel
- Indicateur 4 : Taux d’enfants de 0 à 17 ans vivant dans un logement ayant soit des fuites dans la toiture, soit des murs, sols ou fondations humides, soit de la moisissure dans l’encadrement des fenêtres ou au sol
- Indicateur 5 : Nombre d’enfants sans toit décédés
Indicateur 1 : Taux de privation matérielle et sociale par âge et sexe
Donnée : 15,9%
Source : https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/ilc_mdsd07custom_19118334/default/table
Année : 2024
Les mesures monétaires de la pauvreté ne reflètent pas pleinement les expériences et les conditions de vie des enfants. Il est également nécessaire d’évaluer leur accès aux biens et services qui leur permettent d’exercer leurs droits et favorisent leur bien-être.
Au sein de l’Union européenne, l’indicateur de référence est l’indicateur de “privation matérielle et sociale”.
L’indicateur de privation matérielle et sociale rend compte de la proportion d’enfants dans des ménages qui ne disposent pas d’au moins 5 des 13 éléments considérés comme essentiels pour un niveau de vie adéquat dans les pays européens (ex : chauffer son logement, prendre un repas protéiné tous les deux jours, remplacer ses vêtements usés ou participer à des activités de loisirs).
En France, 15,9% des enfants vivent dans un ménage en situation de privation matérielle et sociale. Ce taux, supérieur à la moyenne de l’Union européenne, témoigne de l’impact des difficultés économiques rencontrées par les ménages sur les privations quotidiennes des enfants.
Indicateur 2 : Taux de pauvreté des moins de 18 ans
Donnée : 21,9%
Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/3565548
Année : 2023
La pauvreté monétaire reste l’un des indicateurs les plus couramment utilisés. Si le revenu ne détermine pas à lui seul la qualité de vie d’un enfant, il n’en reste pas moins un facteur clé pour garantir un niveau de vie « adéquat ».
En France, 21,9 % des enfants vivent sous le seuil de pauvreté, soit près de trois millions de mineurs. Il s’agit du taux le plus élevé depuis 1996. En dix ans, la pauvreté infantile a progressé de 2,6 points. Ces données, déjà préoccupantes, le sont d’autant plus dans un contexte socio-économique instable qui laisse entrevoir une possible aggravation de la situation.
De plus, il est à noter que la statistique publique invisibilise certains publics, souvent les plus vulnérables : de nombreuses données ne prennent pas en compte les territoires ultramarins, notamment Mayotte où la pauvreté est exacerbée (8 enfants sur 10 sont pauvres à Mayotte), et ne recensent que les ménages vivant « en logement ordinaire », excluant de fait les enfants sans domicile ou en institution.
Indicateur 3 : Nombre d’enfants sans abri ou vivant à l’hôtel
Donnée : 32 000
Source : https://www.federationsolidarite.org/wp-content/uploads/2025/08/Barometre-enfants-a-la-rue-2025-Synthese.pdf
Année : 2025
Le 7ème baromètre « Enfants à la rue » révèle que le nombre d’enfants en demande non pourvue au 115 ne cesse d’augmenter. Le 18 août, à quelques jours de la rentrée scolaire, 2 159 enfants sont ainsi restés sans solution d’hébergement à la suite de leur demande au 115. Leur nombre est en hausse de 6 % par rapport à l’an dernier (2 043) et de 30 % par rapport à 2022 (1 658) et ce, malgré les engagements pris par les gouvernements successifs de « ne plus avoir aucun enfant à la rue ».
Très alarmantes, ces données ne sont pas exhaustives. Elles ne permettent pas de comptabiliser les nombreuses familles qui ne parviennent pas à joindre le 115, ni celles qui n’appellent pas ou plus (pour avoir un ordre d’idée, 57 % des personnes rencontrées lors de la Nuit de la solidarité à Paris en janvier 2025 déclaraient ne pas ou plus appeler le 115). Elles ne permettent pas non plus de comptabiliser les mineurs non accompagnés (MNA) sans abri (or, ils sont nombreux : en juin 2025, la Coordination Nationale des Jeunes Exilés en Danger recensait 1 087 MNA en situation de rue).
Par ailleurs, les données ne sont absolument pas représentatives de l’ampleur du mal-logement dans les territoires ultramarins. En effet, les indicateurs disponibles par ailleurs, bien que très incomplets, permettent d’estimer à 600 000 le nombre de personnes concernées par le mal-logement ou sans domicile dans les départements et régions d’Outre-mer, soit près de 3 habitants sur 10[1].
Aux enfants sans abri s’ajoutent les milliers d’enfants hébergés, dont 29 857 à l’hôtel ; un mode d’hébergement particulièrement inadapté à la vie familiale et aux besoins des enfants (vétusté du bâti, manque d’espace et d’intimité, absence de lieu pour cuisiner, présence de nuisibles, moindre accompagnement, instabilité résidentielle, etc.)
Ces données sont représentatives d’une évolution inquiétante du sans-abrisme qui touche de plus en plus les familles. [1] Fondation Abbé Pierre, Agir contre le mal-logement dans les départements et territoires d’Outre-mer – Etat des lieux, 2023 | UNICEF France, Grandir dans les Outre-mer, Etat des lieux des droits de l’enfant, 2024.
Définition : Une personne est considérée comme “sans-domicile” un jour donné si la nuit précédente elle a eu recours à un service d’hébergement ou si elle a dormi dans un lieu non prévu pour l’habitation (rue, jardin public, voiture, tente, métro, etc.) – Nous ne disposons pas de données actualisées sur le nombre total d’enfants sans domicile. La dernière enquête de l’Insee a été publié en 2012 et la prochaine sera publiée en 2026.
Indicateur 4 : Taux d’enfants de 0 à 17 ans vivant dans un logement ayant soit des fuites dans la toiture, soit des murs, sols ou fondations humides, soit de la moisissure dans l’encadrement des fenêtres ou au sol
Donnée : 27,1%
Source : https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/ilc_mdho01c/default/table?lang=fr&category=livcon.ilc.ilc_md.ilc_mdho
Année : 2023
La part d’enfants en situation de mal-logement a augmenté de près de 12 points entre 2012 et 2023. Cette importante augmentation témoigne d’une dégradation croissante des conditions de logement, notamment due à la crise du logement mais aussi à la progression de la pauvreté en France.
D’autres indicateurs vont dans ce sens : · En France, 17,7% des enfants de 0 à 17 ans vivent dans un logement surpeuplé (source : [ilc_chg05] Children living in overcrowded households by at risk of poverty or social exclusion situation (population aged 0-17))
· 11,8% des enfants de 0 à 17 ans vivent dans un ménage ne parvenant pas à maintenir leur logement à une température adéquate.
Indicateur 5 : Nombre d’enfants sans toit décédés
Donnée : 38
Source : Collectif les Morts de la Rue
Année : 2024
Selon le recensement annuel du collectif les Morts de la Rue, 38 enfants sans domicile sont décédés en 2024. Le plus jeune avait moins d’une semaine.
Ce chiffre accablant démontre que l’absence de domicile représente une atteinte au droit des enfants à la survie et au développement (article 6 de la Convention internationale des droits de l’enfant). Plus largement, comme le souligne le rapport “Grandir sans chez-soi » publié par l’UNICEF France et le Samusocial de Paris avec le soutien de Santé publique France, l’absence de domicile affecte l’ensemble des environnements dans lesquels évoluent l’enfant (familial, scolaire, social) et entrave ainsi l’effectivité de nombreux droits. A travers son recensement, le Collectif les Morts de la Rue rend non seulement aux personnes sans domicile décédées, mais alerte sur le fait que le sans domicilisme constitue une urgence sociale et sanitaire.